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YouTube et la vulgarisation : quand les jeux vidéo passent à la trappe

YouTube et la vulgarisation : quand les jeux vidéo passent à la trappe

Il y a deux jours, Ixost postait sur sa chaîne une vidéo coup de gueule au sujet des jeux vidéo et de leur vulgarisation. Celui-ci, dans un billet d’humeur façon YouTube, fait écho à un article de France Culture sur ladite vulgarisation et les différents thèmes abordés par les vidéastes sur la toile. Dès le début de l’article, les dés sont jetés : si l’on retrouve dans le palmarès des chaînes parlant d’histoire, d’art, de sciences ou de cinéma, aucune chaîne de vulgarisation du jeu vidéo n’y sera présente. Une absence remarquée par différents vulgarisateurs dont Ixost, bien entendu, mais également Game Next Door qui s’est empressé de tweeter sur le sujet. L’article se paie même le luxe de commencer par une capture d’écran d’une vidéo de DirtyBiology dans laquelle il étaye la théorie de Darwin avec… des pokémons. Malaise.

La vidéo d’Ixost est un vivier de réflexion : elle appelle à s’interroger sur la place donnée aux jeux vidéo sur YouTube (mais aussi sur les autres plateformes), et à notre manière de les consommer. Le site s’efforce de mettre en avant des vidéos qui le conçoivent comme du divertissement uniquement : on regarde ça en se laissant porter, sans réfléchir, le tout ponctué de deux ou trois sourires aux moments des bonnes vannes. Lorsque l’on pense humour et divertissement sur fond de gaming, on a tout de suite en tête Squeezie et son binôme de la chaîne éponyme Cyprien Gaming — l’un n’allant plus sans l’autre —, rois incontestés du genre. Ce sont eux qui essuient le plus de critiques de la part d’Ixost, qui considère que le système du « Let’s play » auquel se greffent quelques vannes est certes vendeur mais dénué de toute réflexion. Ixost pointe aussi du doigt les algorithmes des recommandations de YouTube, et expose une réalité : que l’on soit connecté ou non, l’arrivée sur la page d’accueil du site est toujours accompagnée de recommandations de vidéos divertissement et/ou humour, avec des visages souvent vus et (trop) revus. Cette mise en avant de certains youtubeurs congestionne la plateforme entière, et tend à détruire la visibilité des autres acteurs du vidéoludique, dont Ixost se fait le fer de lance. 

Mais — car il y a un mais —, une réalité s’impose : si les jeux vidéo peuvent être analysés et pensés, ce n’est pas forcément le souhait de nombre de leurs amateurs qui préfèrent en garder uniquement la dimension ludique. Après tout, la vocation première du jeu vidéo fait la part belle au divertissement : on achète rarement un jeu pour les mêmes raisons que l’on achèterait un bouquin de philo. Il convient cependant d’opposer l’initiative à la finalité : si le cinéma ou la musique sont créés comme de véritables objets d’art, leur consommation populaire se fait le plus souvent sous forme de divertissement. Il en va de même pour le jeu vidéo, qui ne saurait évidemment être privé de sa dimension artistique, mais dont la finalité est pour le moins définie. Certains jeux, par la transversalité de leurs contenus et la recherche évidente dans leurs scénarios, sont de véritables pavés jetés dans la mare du fameux divertissement que Ixost rejète en masse, tant ils donnent matière à réfléchir. Pour rester dans les plus connus, on peut penser à The Legend of Zelda, qui mêle différentes mythologies et aventure, ou encore Portal, qui à travers son cynisme et son gameplay singulier cachait aussi une critique très subversive de l’intelligence artificielle. Deux jeux, deux univers très complets, qui méritent une attention plus approfondie que celle très superficielle que l’on y accorde lorsqu’on y joue « bêtement ». 

Cependant, les joueurs qui ne souhaitent pas intellectualiser le jeu vidéo, voulant le conserver comme objet de détente et de divertissement, sont finalement dans leur droit le plus strict. De la même manière que les fidèles de chaînes de cuisine ne sont pas nécessairement intéressés pour se mettre à l’oeuvre, ou que les abonnés de chaînes de fitness ne sont pas forcément des fanatiques de sport. On ne peut pas forcer les gens à changer leurs conceptions, surtout lorsqu’elles sont si ancrées. C’est aux vulgarisateurs de rendre leur contenu attractif et accessible, de montrer que l’on peut se transcender et mettre un peu l’aspect ludique du jeu vidéo de côté. Si YouTube a encore du travail à faire sur ses algorithmes de recommandation, il suffit de prendre l’inverse pour se rendre compte qu’imposer une diversité dans le traitement du jeu vidéo n’est pas viable : si la page d’accueil du site regorgeait de recommandations pour des vidéos d’analyse, les amoureux du jeu « pur » n’y trouveraient pas leur compte. 

Ainsi, France Culture est clairement en tort en omettant toute une partie du YouTube de la vulgarisation. Un article si exhaustif est forcément très peu pertinent lorsque l’on traite du microcosme qu’est la sphère de la vidéo en ligne, même restreinte à un seul site. Mais l’on peut aussi, sur certains points, désapprouver Ixost dans sa démarche, qui sonne parfois comme un pamphlet contre le duo consumérisme/hédonisme attribué au jeu vidéo... Une forme engagée mais qui n'entache pas un fond solide, réel et légitime, qui montre que YouTube a encore fort à faire dans le fonctionnement de ses suggestions.



Pour ceux qui seraient intéressés par la vulgarisation du jeu vidéo, découvrez la playlist très complète faite par le youtubeur. 

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